Chapitre VIII. Nombres célestes et nombres terrestres

Les nombres impairs correspondent au yang, sont masculins ou actifs, et les nombres pairs correspondent au yin, sont féminins ou passifs.

Les nombres impairs sont célestes, et les nombres pairs sont terrestres.

L’unité n’est pas considéré nombre, elle est proprement le principe même du nombre. C’est donc 2 le premier nombre par (qui appartient à la Terre) et 3 le premier nombre impair (qui appartient au Ciel).

La Terre est donc avant le Ciel, tout comme yin est avant yang.

Pour d’autre nombres se sont produits des inversions inexplicables: 5, nombre impair, est attribué à la Terre, pendant que 6, nombre pair au Ciel.

On parle à ce propos d’un échange hiérogamique entre les attributs des deux principes complémentaires.

En Chine ce n’est pas l’ordre cosmique qui a été conçu sur le modèle des institutions sociales, mais ce sont bien celles-ci qui ont été établies en correspondance avec l’ordre cosmique lui-même.

tous les complémentarismes, de quelque type qu’il soient, ont également leur principe dans la première de toutes les dualités, qui est celle de l’Essence et de la Substance universelles, ou, suivant le langage symbolique de la tradition extrême-orientale, celle du Ciel et de la Terre.(p. 77)

Pour les Pythagoriciens, 5 était le nombre nuptial, somme du premier nombre pair ou féminin (2) et du premier nombre impair ou masculin (3).

Tandis que 2 et 3 expriment la nature même de la Terre et du Ciel,

5 et 6 expriment leur mesure, ils les envisagent du point de vue de la manifestation et non plus en eux-mêmes.

Les doubles de 5 et 6 sont 10 (attribué au Ciel) et 12 (attribué à la Terre).

Dans la tradition chinoise, les jours sont comptés par périodes décimales et les mois par périodes duodécimales; or dix jours sont dix soleils, et douze mois sont douze lunes; les nombres 10 et 12 sont donc rapportés ainsi respectivement le premier au Soleil, qui est yang et masculin, correspondant au Ciel, au feu et au Sud, et le second à la Lune, qui est yin ou féminine, correspondant à la Terre, à l’eau et au Nord.

Le nombre 11, en tant qu’union de 5 et 6, est l’union centrale du Ciel et de la Terre. C’est le nombre par lequel se constitue la Voie du Ciel et de la Terre.

Cette importance du nombre 11 est le point commun aux doctrines traditionnelles les plus diverses.

René Guénon, La grande triade (extraits)

Chapitre VII. Questions d’orientation

A l’époque primordiale, l’homme était, en lui-même, parfaitement équilibré quant au complémentarisme du yin et du yang;

d’autre part, il était yin ou passif par rapport au Principe seul, et yang ou actif par rapport au Cosmos ou à l’ensemble des choses manifestées; il se tournait donc naturellement vers le Nord, qui est yin, comme vers son propre complémentaire.

Au contraire, l’homme des époques ultérieures, par suite de la dégénérescence spirituelle qui correspond à la marche descendente du cycle, est devenu yin par rapport au Cosmos; il doit donc se tourner vers le Sud, qui est yang, pour en recevoir les influences du principe complémentaire de celui qui est devenu prédominant en lui, et pour rétablir, dans la mesure du possible, l’équilibre entre le yin et le yang.“ (p. 64)

L’orientation vers le Nord est polaire, pendant que celle vers le Sud est solaire. Dans les cartes et les plans chinois, le Sud est placé en haut et le Nord en bas, l’Est à gauche et l’Ouest à droite, ce qui est conforme à la seconde orientation; cet usage n’est d’ailleurs pas assez exceptionnel qu’on pourrait croire, car il existait aussi chez les anciens Romains et subsista même pendant une partie du moyen âge occidental.

En Chine, le côté auquel on accorde la prééminence est la gauche. Mais à l’époque de Sseu-ma-tsien, au IIe siècle avant l’ère chrétienne, la droite semble l’avoir au contraire emporté sur la gauche. Le conseiller de droite (iou-siang) avait un rôle plus important que le conseiller de gauche (tso-siang).

A l’époque de Lao-tseu la gauche correspondait au yang et la droit au yin.

En hébreu la droite signifie toujours le Sud et la gauche le Nord, ce qui implique que l’orientation est prise, comme dans l’Inde, en se tournant vers l’Est.

Ce même mode d’orientation était pratiqué par les constructeurs du moyen âge pour déterminer l’orientation des églises.

René Guénon, La grande triade (extraits)

L’année Chinoise de la chèvre de bois

chevre de bois monastère

 

Le « Bélimouchèvre » c’est le Bélier-Mouton-Chèvre de l’horoscopie chinoise.

le caractère qui le désigne (Yang – différent du Yin Yang) désigne, en effet, les trois animaux indifféremment, bélier, mouton, chèvre et même l’antilope du Tibet.

Le caractère Yang désignant cet animal emblème est l’un des plus anciens sigillaires (caractères antiques utilisés pour les sceaux) de la Chine. Il désigne un animal à cornes autres que le bœuf (Bœuf de l’Eau – Shui Niu le buffle, Bœuf de la Montagne – Shan Niu le Yak…) et l’escargot !

 

Le caractère chinois Yang (différent de Yin/Yang) représentant l’animal de l’année désigne également, dans tous les dictionnaires classiques de la langue chinoise (Ricci, Wieger, Couvreur…), un mouton, une brebis, une chèvre, un bélier, un bouc, un daim, un chamois, un bouquetin, et même une antilope !

C’est dire le nombre de polémiques qu’il provoque quant au choix de l’animal emblème, chacun ayant son préféré dans cette bergerie qui ressemble à une ménagerie. C’est pourquoi nous proposons de simplifier le débat en proposant désormais le
 » Bélimouchèvre « , bien que cela risque de perturber Madame Emilie Zonzon et Monsieur Marcel Raboudin surtout pour le référencement. On imagine mal nos deux amis taper « bélimouchèvre » dans leur module de recherche préféré. On parlera donc « officiellement » de la chèvre de bois.

Mais cette diversité est significative car l’animal en question est difficile à saisir.
Comme son confrère le Cheval il est dangereux par devant – attention aux coups de cornes – et dangereux par derrière – attention aux coups de sabots – mais contrairement à celui-ci il demeure totalement impraticable au milieu comme le constatait Lord Winston Churchill pour le cheval. Inutile donc de chercher à le chevaucher. Il n’est donc pas facile à vivre si on tente de le prendre de force.
Mieux vaut savoir l’aborder en le prenant par les sentiments ou, éventuellement, en le flattant  quelque peu. Sachant sa toison convoitée depuis toujours il se méfie donc de ceux qui cherchent à le caresser et plus encore à le brosser dans le sens contraire du poil.
Mais, ce qui n’incite pas sa méfiance le met en confiance et, dans ce cas, il devient sociable et même charmant.

C’est un animal chanceux, créatif, cultivé enjoué et quelque peu dépensier. Il n’en manifeste pas moins une certaine anxiété et un sens aigu du territoire et des limites qu’il convient de ne jamais dépasser.

Il s’agit, en quelque sorte, de créer une zone de sécurité essentielle à sa paix intérieure, à sa zénitude programmée.

timbre chinois

Le simple fait que quelqu’un puisse attenter à cette sécurité de manière consciente ou non engendre immédiatement une réaction brutale.

Cela l’incite à être très conformiste voire quelque peu réac et à se méfier des nouveautés et des innovations qui seraient susceptibles de remettre en cause l’ordre établi sinon la hiérarchie. Ce n’est donc pas un révolutionnaire acharné et il a tendance, malgré un esprit très ouvert, à se laisser embourgeoiser et à suivre le mouvement ambiant si celui-ci ne semble pas opposé à son idéal de paix et de tranquillité. Ce qui l’emmène, paradoxalement, à se retrouver dans des situations difficiles dont il lui faudra s’échapper à grand renfort de coups cornes et de sabot. Il est et redevient heureusement très agile dès qu’il sent le danger ou se sait acculé.

De plus, il est quelque peu jaloux et encore plus rancunier, ce qui l’amène à commettre quelques médisances dont il est difficile de se relever.

Il peut ruminer sa vengeance des années entières et frapper lorsqu’on s’y attend le moins et là où sa fait le plus mal. Les Corses disent, à juste titre, « méfie toi du bélier qui recule ! » car c’est pour mieux placer son redoutable coup de boule en plein dans le pif de son interlocuteur trop confiant. 

Avec lui, il est donc toujours préférable de savoir où on met les pieds.
Il se révèle pourtant de charmante compagnie, particulièrement avec le Cheval avec lequel il s’entend comme larron en foire si ce dernier sait le mettre en confiance.

Il s’accommode fort bien du Lièvre (ou du Chat dans l’Astrologie vietnamienne) et du Cochon (ou du sanglier !). Mais il connaît, par contre, quelques problèmes avec le Bœuf qu’il considère comme un balourd sentencieux et pesant et qu’il n’a de cesse d’asticoter.

Il passe pour le symbole de la piété filiale puisque l’agneau, ou le chevreau, s’agenouille pour téter sa mère.

L’homonymie entre Yang (Mouton ou Chèvre) et Yang (Yin/Yang) fait qu’il représente également l’énergie solaire, la force vitale et la puissance virile, surtout si il s’agit du Bélier. 

C’est pour cette raison qu’il est considéré comme un excellent signe zodiacal masculin mais qu’il suscite quelques réserves lorsqu’il s’agit d’une fille qui sera vraisemblablement assez difficile à manier à cause de son caractère quelque peu entier.

2015 : L’année Chinoise de la « chèvre de bois » ou du « mouton sérieux » commence, en France, le 19 février vers 15h.

L’année chinoise de la Chèvre du Bois, 4713ème du Cycle de l’Empereur Jaune, commencera, en raison du décalage horaire entre l’Orient et l’Occident le 19 février vers 15h00 et non à 7h54 comme en Chine.

Ceci pour tous ceux, et ils sont nombreux, qui ignorent encore qu’il existe un petit décalage entre la Chine et la France et, peut-être plus encore avec le Canada!

chevre mouton

C’est, parfois, une adepte, comme le « Mouton du Troupeau », du « vu à la télé » et on ajouterait du « entendu à la radio » et du « lu dans le journal » sinon du « dit dans la publicité » ou du « expliqué au journal télévisé » qui se doit « pédagogique » – donc destiné à des enfants – jusqu’au jour où il se rend compte qu’il a été floué par un autre « mouton du troupeau » préalablement muni d’une carte de presse tricolore délivrée par la préfecture avec l’appui d’un syndicat professionnel autorisé et, finalement, bienveillant avec le système établi par Pétain et jamais remis en cause depuis. 

Les Chèvres ou mieux les Bélimouchèvres (Bélier-Mouton-Chèvre) ont, heureusement, un esprit critique qui tempère leurs tendances moutonnières et la veulerie en bande organisée. 

Ce qui a pour effet, à partir d’un certain âge, de la rendre quelque peu méfiante sinon franchement sceptique vis-à-vis des institutions.

Du blanc immaculé de l’agneau elle a tendance à virer peu à peu vers le noir et à se transformer en bélier ou en bouc à qui on ne la fait plus., sinon, même, en brebis galeuse qui risque de contaminer le troupeau avec des idées progressistes sinon révolutionnaires. 

Dans le cycle de l’astrologie chinoise classique, donc de l’horoscopie, les animaux comme les éléments se succèdent dans des cycles immuables de douze et de soixante ans.
Les deux années précédent le « bélimouchèvre » étaient représentées par le Serpent de l’Eau et par le Cheval de l’élément du Bois.

Elles sont donc suivies par la Chèvre (Mouton, Bélier…) du Bois et qui, elle même sera suivie par le Singe et le Coq de l’élément de Feu puis par le Chien de l’élément de Terre.

Eau, Bois, Feu, Terre et Métal se succèdent dans cette Loi de l’Engendrement (Chen) et s’opposent dans la Loi de la Domination (Ke) ou l’Eau éteint le Feu ; le Feu fond le Métal ; le Métal tranche le Bois ; le Bois se nourrit de la Terre et la Terre absorbe l’Eau. L’année 2015 appartient principalement à l’élément bois.

Il s’agit, en fait, d’une année Yi Wei. Yi  représente alors le deuxième des  » Dix Troncs Célestes  » (Tian Gan) et désigne une personne qui hésite mais également un bourgeon qui s’ouvre ou une marque que l’on laisse dans un livre. 

On retrouve donc le caractère Wei dans Wei Ji, le 64ème hexagramme du Yijing :  » avant l’accomplissement « .

Ce caractère, si on excepte sa  » jambe  » centrale est, par ailleurs, très proche du caractère Fu (Ricci 1612) qui représente l’homme adulte, donc réalisé que l’on retrouve dans  » Gong-Fu  » ou  » Kung-Fu « , la réalisation par le travail, l’œuvre achevée et, par extension l’Art Chevaleresque ou  » Martial « .

zodiaque chinois

Le Mouton (ou la Chèvre) représentant le 8ème animal cyclique et Wei le 8ème des 10 Branches Terrestres cela invoque donc (8×8) ce soixante quatrième et dernier Hexagramme du Yi Jing : « Tout est encore à faire ! ». Donc déjà tout un sacré programme ! Il s’agit donc d’une année Tai Yin (Taé Yin) correspondant au double Yin ou au Yin redoublé dans l’Energie Céleste. Tai Yin dans le Ciel est symbole de froid et d’humidité. Heureusement cela est compensé par une Energie Terrestre de Feu qui évolue vers la Terre. La Terre permet d’absorber le surplus de  » l’Eau ruisselante  » et d’éviter que celle-ci ne provoque trop d’inondations. 

Mais il existe également une opposition d’axe vertical entre l’Eau (Nord ou Nadir) et le Feu (Sud ou Zénith). Or Eau et Feu ne s’entendent que lorsque le Métal s’interpose comme quand on utilise un chaudron.

Le Métal correspond à l’organisation, à la rigueur, à la décision.
Si le Métal est présent entre Feu et Eau il y a alors naturellement production d’Energie (Qi, Ki ou Chi = Vapeur, par extension souffle et vitalité). Il sera donc nécessaire de bien contrôler, grâce au Métal et à la Terre, les débordements de l’Eau et les expansions du Feu.

La Terre, de son coté, est le  » Juste Milieu « , l’équilibre, la juste mesure, la pondération et la modération paisible mais profonde et  puissante. Rigueur, décision mais également pondération et juste équilibre permettront donc d’éviter que le troupeau s’affole et que, comme celui de Panurge, ne se jette du haut de la falaise dans les flots tumultueux de l’incertitude et du doute.

chevrev mouton

 

Par Georges Charles

Source: TAO-Yin

Amitiés

Claude Sarfati

Morceaux choisis

Vous pouvez à présent voir sur mon site, des passages du DVD sur le Yi King paru en décembre 2007.

Valérie, la journaliste qui m’avait proposé ce travail, me demande aujourd’hui un livre sur ma vision du Yi King…

En attendant, vous pouvez voir quelques passages sur cette page.

Si vous n’arrivez pas à voir les vidéos, vous devez télécharger QuickTime7. Notre cher Webmestre, Stefan, à tout prévu, vous pourrez le télécharger directement en bas de la page.

Un coffret regroupant les 30 DVD et fascicules sur les arts divinatoire est disponible.

Critiques bienvenues.

Amitiés: Claude Sarfati

La création du monde dans la mythologie chinoise

La Chine a une riche tradition de mythes de la création. Il existe six récits indépendants où différentes figures occupent un rôle et une fonction importants. Un des plus anciens mythes est centré autour de la déesse archaïque appelée « Femme Gua » (Nu Gua). Le nom « Gua » signifie « créature semblable à un escargot »: on attribuait le pouvoir de régénération aux insectes ou aux reptiles qui se dépouillent de leur peau ou de leur coquille.

Les mythes qui la concernent sont partiellement obscurcis par le sexisme des commentateurs médiévaux, mais ils sont présents, bien de manière évasive, dans les textes les plus anciens.

Il est raconté que Femme Gua accomplit soixante-dix transformations à partir desquelles le cosmos et tous les vivants prirent forme. Sa divinité était si puissante que ses entrailles se métamorphosèrent en dix divinités appelées « Entrailles de Femme Gua ».

Un autre mythe de la création est raconté par un auteur taoïste, le philosophe Zhuangzi (IV° siècle avant notre ère). Il se sert de mythes anciens pour illustrer certaines perspectives philosophiques, telles que le danger des interventions politiques et la charité mal ordonnée.

Le mythe de la création raconté dans son livre Zhuangzi se rapporte au dieu du Chaos mourant, dont la destruction est nécessaire pour que l’univers puisse prendre forme.

Il est centré autour de Désordre Epais (Hundun), qui n’a pas de visage ni d’ouverture faciale. Le dieu Hundun gouvernait le centre du monde, les dieux des Eaux du Sud et du Nord régnant, eux, sur ses deux côtés. Ces deux dieux des Mers rendaient souvent visite à Hundun; en remerciement pour son hospitalité, ils décidèrent que, puisqu’il n’avait pas de visage, ils lui donneraient sept ouvertures pour qu’il puisse voir, entendre, manger et respirer. Ils ciselèrent une ouverture chaque jour, mais le septième jour Hundun mourut.

Dans un autre texte, ce dieu du Chaos est décrit comme ressemblant à une outre jaune et rouge telle une flamme cinabre, avec six pieds et quatre ailes, mais sans visage ni yeux.

Un troisième mythe représente une image éclatante du monde. Il relate que la vapeur primitive émergèrent les deux forces cosmiques Yin et Yang.

Le ciel apparut comme une voûte ronde qui couvrait les quatre côtés de la terre plate, ciel et terre étant tenus ensemble par d’énormes montagnes (ou, dans une variante, par des piliers) retenues par des cordes. L’image du monde est si ressemblante avec la cosmologie de l’Egypte ancienne qu’il est possible que ce mythe reflète une transmission culturelle venue d’Egypte à travers l’Asie centrale.

Un quatrième mythe donne plus de détails sur les forces cosmiques Yin et Yang. Il relate qu’avant le début du monde il n’y avait qu’une vaste masse de vapeur informe. De cet élément primordial sortit la force Yin, qui est sombre, froide, marquée d’ombre, lourde, féminine et passive, et la force Yang qui est lumière, chaleur, soleil, éther, masculine et active. L’interaction entre Yin et Yang créa les quatre saisons et le monde naturel.

Le Yang donna naissance au feu et au soleil, le Yin à l’eau et à la lune puis aux étoiles.

Le mythe de la séparation entre ciel et terre appartient aux récits de la création. Il décrit un dieu du Ciel monstrueusement déformé appelé Souci Affectueux (Zhuan Xu) qui règne sur le pivot du ciel. Il ordonna à son petit-fils Chong de soutenir le ciel pour l’éternité et à son autre petit-fils Li de maintenir la terre pour toujours. Dans l’Antiquité, on croyait que, si les deux éléments du ciel et de la terre n’étaient pas maintenus séparés, le cosmos retournerait au chaos.

Le mythe de la création le plus intéressant est centré sur le géant Antique Enroulée (Pan Gu), le premier né, un humain demi-dieu. Il raconte comment, alors qu’il gisait mourant et que la vie le quittait, son souffle devint le vent et les nuages, sa voix le tonnerre, ses yeux le soleil et la lune, et ses membres des montagnes. Les fluides de son corps se transformèrent en pluie et en rivières, sa chair en terre. Ses cheveux devinrent les étoiles, ses poils, la végétation. Ses dents, ses os et sa moelle se transformèrent en minéraux. Les insectes sur son corps devinrent des êtres humains. Ce mythe est composé d’une série de métamorphoses où les différentes partie de son corps deviennent des parties analogues de l’univers. C’est un des nombreux mythes du corps cosmologique existant dans le monde; il contient les récits importants du dieu mourant et du dieu nourrissant, qui donne son corps pour le bien de l’humanité.

Une autre version du mythe d’Antiquité Enroulée raconte que, au début du temps, toute matière était semblable à un œuf de poule. Après dix-huit mille ans, elle se sépara entre la matière Yang éthérée, qui s »‘éleva pour former le ciel, et la matière lourde Yin, qui tomba pour former la terre. Antiquité Enroulée naquit entre ces éléments primordiaux sacrés quand ils se séparèrent. Le géant subit neuf métamorphoses et devint aussi divin et sage que le ciel et la terre.

Dix-huit mille ans plus tard, le ciel, la terre et le premier homme atteignirent leur taille maximale et formèrent une trinité composée du Ciel, de la Terre et de l’Humanité. Plus tard, Trois Divinités Souveraines émergèrent (leurs noms varient). La suite du récit raconte comment furent créés les nombres et les distances fixes: il fournit ainsi le mythe étiologique de la science et des mathématiques.

Les deux mythes de création d’Antiquité Enroulée sont les derniers transcrits parmi ces six récits et proviennent d’une minorité ethnique du sud-ouest de la Chine. Transcrits au VI° siècle de notre ère environ, ils furent probablement rapportés d’Asie centrale.

Le premier des deux, le mythe du corps humain cosmologique, devient le récit orthodoxe de la création du monde en Chine.

Source: Mythes chinois

               Anne Birrel

Editions: POINTS SAGESSES(2005)