Au dessous du volcan

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L’année dernière pour illustrer le jour des morts, j’avais publié un article sur la fête des morts au Mexique : Dia de muertos.

Cette année c’est  par la présentation d’un livre considéré comme un des plus grands chefs d’œuvre de la littérature : Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry (1947), adapté au cinéma par John Huston (1984) que je me propose de le faire. Toute l’histoire se déroule en un seul jour: Le jour des morts.

Au fond, l’intrigue de « au-dessous du volcan » n’a rien de très difficile à résumer : on y suit l’incompréhensible (a priori du moins) déchéance physique et morale d’un consul alcoolique (Albert Finney) coincé au Mexique, dont la femme (Jacqueline Bisset) lui revient après une période de séparation aux causes ambigües. Y a-t-il eu quelque chose entre la femme du consul et le jeune frère de ce dernier, prévenant, athlétique et plein de charme ? Très probablement, mais la question, rapidement, n’est pas de cet ordre. Il semble que pour Geoffrey, le personnage d’Albert Finney, la première rupture avec sa femme ait été non pas un déclic (il buvait déjà avant) mais le signe qu’il attendait pour mener à bien ce que d’aucun appellerait une autodestruction, mais qui n’est au fond que l’accomplissement d’un destin qu’il s’est lui-même attribué…

Au-dessous du volcan

Geoffrey Firmin a trop vu, trop souffert, trop vilipendé ses propres actions. Sa tête explose de mémoire torturée. Ainsi de cette lettre, jamais envoyée à Yvonne, dans laquelle il met à nu un de ses cauchemars :

Aussi quand tu partis, Yvonne, j’allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d’une banquette de troisième classe, l’enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m’en allant dans ma chambre en l’hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d’égorgement en bas dans la cuisine me chassa de l’éblouissement de la rue, et plus tard cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? Horreur à la mesure de nerfs de géants ! 

Au-dessous du volcan 2

Comme si le consul, incapable d’influencer durablement sa propre existence, avait choisi de mener sa perte comme il l’entend. Le retour de sa femme, en ce sens, est vécu à la fois comme l’exaucement d’une prière, et un obstacle à ce voyage sans vrai but dans lequel il s’est lancé. Le Under The Volcano d’Huston n’est pas le récit d’un chagrin d’amour délétère : c’est l’aventure d’un seul homme qui, après avoir caboté égoïstement pendant une partie de sa vie, prend enfin le large.
Si le livre comme le film commencent le jour de la fête des morts, l’approche de Lowry et de Huston diffèrent une fois encore. En plantant ses personnages dans un hôtel vide, déserté, quasiment hanté, Lowry offre une vision somme toute assez classiquement européenne du fantomatique. Pour Huston, mexicain d’adoption, la fête des morts est pleine de couleurs, de vie, de rires. « Pourquoi êtes-vous si joyeux le jour de la fête des morts ? » demande au début du film Albert Finney à un ami mexicain. « Pour ne pas rendre la route trop glissante de larmes aux esprits qui viennent nous visiter », répond en substance ce dernier. Ce lien amical tendu entre notre monde et l’au-delà donne au film tout son côté irréel. Ni morts ni vivants, les personnages déambulent dans un décor qui ne demande qu’à se fissurer, à laisser voir l’invisible. Le tout sans cynisme ou méchanceté : seulement une pointe d’ironie, et beaucoup de compassion.

« No se puede vivir sin amar » On ne peut pas vivre sans aimer.

Bon week-end de la Toussaint: Claude Sarfati

Alexandre le grand et la fin des utopies

En 1980, le cinéaste Théo Angelopoulos, nous propose une réflexion sur le pouvoir au travers d’un film: Alexandre le grand.  L’histoire du film est simple:

Au début du XXème siècle, en Grèce. Un bandit de grands chemins, Alexandre, devient le héros du peuple pour avoir su répondre à leurs besoins de justice et de vérité. Mais il se prend au sérieux, recherche la déification, et trouve les bons moyens pour y parvenir. Il abandonne ainsi ses projets initiaux et devient un tyran. Contesté, puis répudié, le despote est éliminé par le peuple.

 » On est arrivé à la fin du siècle avec un goût amer » regrette le cinéaste.

Un siècle qui a pourtant commencé avec quelques promesses ».

Cette réflexion sur le pouvoir à travers le destin d’un libérateur devenu tyran, nous renvoie à notre propre relation, individuelle, collective que nous entretenons avec « le pouvoir ».

Le pouvoir que nous exerçons ou subissons à notre travail, dans notre famille, dans notre rôle social, etc.

Nous chérissons des idoles puis nous les massacrons avec une cruauté inouïe, sommes-nous restés des barbares?

Où bien refusons-nous tout simplement notre responsabilité personnelle dans tout ce qui se passe autour de nous, dans notre vie?

Ceux qui doutent de l’existence d’un libre arbitre peuvent méditer sur notre relation au pouvoir..

Si nous déléguons ce pouvoir, nous aurons plus de facilité à nous déresponsabiliser par la suite; il nous suffira de tourner le dos à ceux en qui nous l’avons confiés.

Si nous refusons de déléguer ce pouvoir et que nous acceptons notre part de responsabilité dans tout ce qui se passe, pourrons-nous alors nous détourner de nous-mêmes?

Ce pouvoir comme un anneau sacré qui unit tous les êtres de la terre devrait être gardé par des « sages », des hommes remarquables (selon Gurdjieff) ou des « êtres nobles » (dans le Yi King).

La fin des utopies dont parlait Angelopoulos après la chute du mur de Berlin est aussi la fin d’un système, politique, sociologique, économique, etc.

Ceux qui croient  la prophétie de la fin du monde (prévue pour  la fin de l’année), peuvent-ils observer la fin de tout un paradigme qui se déroule déjà sous nos yeux?

La fin du monde ne sera pas un déluge, une catastrophe planétaire, etc.

Les catastrophes sont déjà là, un nouveau gouvernement n’y changera rien.

Que sont devenues les valeurs humaine en Grèce, en Espagne, en Italie, en Irlande, etc.

Bientôt en France… Nous cherchons toujours des boucs émissaires (ceux que l’on murmure à nos oreilles) mais quand prendrons-nous la juste mesure de cette profonde mutation qui nous affecte tous?

 

Agir, c’est d’abord ne rien faire,

…écouter, voir, sentir;

ensuite devenir pleinement responsable de ses capacités à Aimer, changer vraiment, devenir meilleur  parce qu’on le choisit.

Dans le film de Théo Angelopoulos: Alexandre le grand, seul un enfant échappe à la mort.

Soyons cet enfant, retrouvons l’innocence, la découverte d’un monde nouveau à chaque instant.

Amitiés: Claude Sarfati.

Soleil d’hiver

 

Je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année.

Ensoleillé dans vos cœurs, dans vos esprits.

Profitez, partagez (sans modération) de l’amour.

 

Tous les soleils

Film réalisé par Philippe Claudel

Musique: La Tarentelle, Christine pluhar

Absent du 23 décembre 2024 au 05 Janvier 2025 inclus,

vous pouvez tout de mêm e reserver vôtre consultation,

faire votre tirage de Yi King…

Dés mon retour, je vous contacterai…

Joyeuses fêtes: Claude Sarfati.

 

Selection 2025 Guide de la Voyance

La Danse de la réalité (La Danza de la Realidad)

Dans les années 30, la famille Jodorowsky s’installe dans la petite ville portuaire de Tocopilla, au Chili. Le père, Jaime, est pétri de contradictions : ancien artiste de cirque, il est juif, communiste, violemment athée. Il tient une droguerie (la « Casa Ukrania« ) et voue un culte à Staline. La mère est une matrone à la poitrine opulente qui ne s’exprime qu’en airs d’opéra. Catholique, profondément religieuse, elle est persuadée que son fils est la réincarnation de son propre père. La Danse de la réalité (La Danza de la Realidad) est l’autobiographie imaginaire d’Alejandro Jodorowsky, cinéaste culte, écrivain et poète, scénariste de bande-dessinée, « psychomagicien », tireur de tarot, membre fondateur du mouvement Panique (avec Topor et Arrabal) et figure majeure de la contre-culture perchée des années 70. Le film marque son grand retour derrière la caméra (il n’avait rien tourné depuis 1990).

La Danse de la réalité est un carnaval bourré à craquer d’images, d’outrances et de fulgurances. Il n’est pas nécessaire de le mettre sur le compte des quelques 23 années d’ascèse cinématographique qui l’ont précédé : tous les films de Jodorowsky sont construits sur ce principe d’accumulation baroque. En revanche, cette période qui a vu se succéder les projets avortés faute de financement explique sans doute l’étonnante ode à l’argent qui tient lieu de prologue (« l’argent est comme le sang : s’il circule, il est la vie« ).

La première partie du film est peut-être celle qui déroutera le plus les spectateurs. Il s’agit d’une succession de vignettes, parfois drôles, parfois étranges ou énigmatiques, qui mettent en scène le jeune Jodorowsky, écartelé entre ses deux parents que tout oppose et tentant désespérément de plaire à son père, qui lui inflige les supplices les plus absurdes pour faire de lui un homme digne de ce nom. Sur son chemin, le jeune Jodorowsky croise la population bigarrée de Tocopilla : un théosophe, une cohorte de lépreux, des mendiants estropiés ramassés à la pelleteuse, un cireur de chaussures qu’une paire de souliers rouges conduira à sa perte, des fascistes et des antisémites d’opérette, des pompiers en uniforme. Au cours de ces séquences, on passe de l’onirisme (la mer blessée par une pierre qui recrache des milliers de poissons) au grotesque (la mère de Jodorowsky qui urine sur son père pour le guérir de la lèpre) et au sublime (lorsque pour guérir son fils de ses terreurs nocturnes, la mère le badigeonne entièrement de cirage et entame avec lui une étrange danse afin de « devenir lui-même l’obscurité« ). Ce déluge d’images rappelle tour à tour Fellini, Bunuel, et Jodorowsky lui-même. Le film répète certains motifs récurrents dans son oeuvre mais il est aussi autobiographique et on en vient à se demander qui, de la vie ou de la fiction, a inspiré l’autre.

La seconde partie du film se concentre sur les aventures picaresques de Jaime, qui s’est décidé à exécuter le dictateur Carlos Ibañez, en prenant la place de son palefrenier (cette partie de l’histoire est totalement fantasmée). Jaime est joué à la perfection par Brontis, le fils de Jodorowsky, qui interprète donc son propre grand-père. Au fur et à mesure que le film s’achemine vers sa conclusion, on comprend mieux où Jodorowsky voulait en venir : au rachat symbolique de son père – un homme brutal fasciné par l’autorité – par le biais d’une psychanalyse imaginaire. Cette conclusion est peut-être un peu trop appuyée, mais elle a le mérite de fournir une espèce d’évidence au film, une clé qui manque à d’autres oeuvres plus barrées de Jodorowsky.

La Danse de la réalité a également des allures de testament : le Jodorowsky d’aujourd’hui apparait parfois, comme un fantôme ou un guide spirituel, derrière son double cinématographique.  La sérénité du vieil homme de 85 ans, sa sagesse et son acceptation de la mort qui approche, répondent avec tendresse (et un brin de mégalomanie) aux angoisses du petit garçon (« réjouis-toi de tes chagrins, grâce à eux tu deviendras moi« ). Jodorowsky voit peut-être la mort approcher, mais son film fait preuve d’une étonnante jeunesse, et d’une foi dans le cinéma avec laquelle aucun autre film présenté à Cannes ne rivalise. La Danse de la réalité est un diamant brut.

Source: L’armurerie de Tchekhov

Amitiés: Claude Sarfati.